Master Class contre le racisme et les discriminations à Caen

L'Institut international des droits de l'Homme et de la paix organisait mardi 10 mars à Caen, en partenariat avec l'UNESCO et la Région Normandie, une Master Class contre le racisme et les discriminations en présence de 100 jeunes normands.

Cette journée était proposée à 100 jeunes normands issus des réseaux de l'Institut et notamment du CIFAC (Centre Interprofessionnel de Formation de l'Artisanat du Calvados), du Centre de Formation du Stade Malherbe, de l'Université de Caen, du lycée Alain Chartier de Bayeux, du lycée Victorine Magne de Lisieux, mais aussi des jeunes services civiques à l'AFEV de Caen et du Havre, mobilisés par la Région Normandie. 

L'objectif : sensibiliser ces jeunes et les inciter à mettre en œuvre des actions concrètes pour sensibiliser et lutter contre le racisme et les discriminations.

Animée par Jonas Bochet, directeur de l’Institut international des droits de l’Homme et de la paix, la journée a débuté par une discussion interactive avec Evelyne Heyer (1), professeure d’anthropologie génétique au Muséum national d’Histoire Naturelle, et Tania de Montaine (2), journaliste et écrivaine, et les jeunes présents.

L'après-midi, les jeunes étaient répartis en petits groupes pour participer à différents ateliers animés par l'Institut, Amnesty International, Ensemble contre la peine de mort (ECPM) et les Céméa de Normandie : 
 

  • ECPM - "La peine de mort est-elle discriminante ?"
    Intervenants :
    Solenn Paloma et Jacky Hortaut
    ECPM a proposé aux participants un brainstorming afin de définir de manière collective et sous la forme d’un nuage de mots, ce qu’était la peine de mort pour eux. Les intervenants ont ensuite proposé aux participants un jeu de rôle au cours duquel les jeunes incarnaient différentes personnes vivant aux Etats-Unis et condamnées à mort. Cet exercice a permis d’amener les jeunes à prendre conscience que les inégalités socio-économiques nuisent à l’accès à la justice et à un procès équitable et peuvent faciliter des condamnations à mort. L’ensemble des notions ont ensuite été précisées et les idées-reçues déconstruites à travers un quiz numérique. Enfin, Jacky Hortaut, membre du Collectif de soutien à Mumia Abu Jamal a présenté le cas de ce journaliste ayant passé 30 années dans les couloirs de la mort de Philadelphie.
  • CEMEA de Normandie - "Racisme et discriminations dans les médias"
    Intervenant :
    Julien Lejeune
    L’objectif de cet atelier était de faire prendre conscience aux participants que les médias permettent de véhiculer des propos et que les professionnels de l’information, aussi bien que l’ensemble des utilisateurs des médias, ont un rôle essentiel à jouer pour faire preuve d’esprit critique, de ne pas croire toutes les informations, de dénoncer certains comportements et de ne pas contribuer à la prolifération du racisme et des discriminations. Les participants, répartis en groupes, ont été invités à se connecter à une plateforme sur laquelle étaient proposées plusieurs publications : affiches cam clash, fake news… Chaque groupe disposait d’un temps pour se positionner sur chaque publication : « est ce que je partage, je signale, je commente ? ». Ensuite, un temps d’échange en plénière a été proposé afin que chaque groupe partage ses réactions. Ce temps a également permis au groupe de clarifier les notions clés abordées dans les différentes publications : racisme, réfugié, migrant, LGBTQI+, discrimination, média, fausse information…
  • Amnesty International - "L’intersectionnalité :  à la croisée de différentes formes de discriminations."
    Intervenantes :
    Maud Bernard d'Heilly et Ariane Massy du siège, accompagnée de deux membres d’Amnesty jeunes : Amélie Vincent-Olivier et Maelle Labomme
    Les intervenantes ont proposé aux participants de participer à un jeu de rôle afin de mettre en lumière les différentes formes de discriminations que des personnes peuvent subir en fonction des représentations dont elles sont victimes par rapport à différents critères qui les définissent (le sexe, l’âge, la situation personnelle, le lieu de vie, les origines, l’orientation sexuelle…). Partant des constats faits à travers ce jeu de rôle, les participants ont, en petit groupe, réfléchi à des solutions pour lutter contre les discriminations, en ayant à l’esprit la notion d’intersectionnalité qui désigne la situation de personnes subissant simultanément plusieurs formes de discrimination dans une société.
  • Institut international des droits de l’Homme et de la paix - "Racisme, discriminations et discours de haine."
    Intervenantes :
    Alexandra Frontali, Laurelen Heuang-Praseuth, Juliette Joyeux et Jeanne Maneuvrier
    A travers des activités d’éducation aux droits de l’Homme et à la citoyenneté démocratique, l’Institut international des droits de l’Homme et de la paix a proposé aux jeunes de réfléchir aux conséquences du racisme et des discriminations : la cristallisation de récits oppressifs à l’origine de discours de haine. Au cours d’un atelier de dessin, les participants ont ainsi réalisé que chacun est susceptible de véhiculer des stéréotypes et d’alimenter la haine envers certaines personnes. Partant de ce constat, le groupe a partagé sa vision de certaines publications grâce à une application numérique, et analysé les causes et conséquences de ces publicités, tweets, affiches, stories… Le choix d’utiliser un outil numérique a été fait afin qu’illustrer le fait que les nouvelles technologies représentent un outil pour endiguer les manifestations de haine qui sont (trop) souvent présentes dans les médias numériques. Enfin, les jeunes ont pu apporter des pistes de réflexion pour apporter des contre-récits et récits alternatifs à certaines publications haineuses présentées.

Au cours de cette journée, plusieurs jeunes ont exprimé des pistes et des idées pour s'engager :

- Des jeunes du centre de formation du stade Malherbe ont proposé de quitter systématiquement le terrain et d’interrompre le match en cas de propos raciste ou homophobe dans le stade ;
- Les jeunes ont également proposé de répondre, à travers des messages percutants ou humoristiques (memes ou gif par exemple) aux publicités véhiculant des messages stéréotypés ;
- Un élève a suggéré de créer le mot : « l’égalistisme » afin de résumer l’ensemble des combats en faveur de la lutte contre les discriminations, et d'unir les forces de chacun ;
- Des élèves ont souhaité la systématisation d’actions de sensibilisation dans leurs établissements pour promouvoir l’égalité de tous, à travers des outils ludiques et basés sur l’échange et les expériences de chacun.e.

En plus d’un certificat de participation, chaque élève a reçu ce guide "Déconstruire le racisme et les discriminations", fruit d'une collaboration entre l'UNESCO et le Musée de l'Homme. Ce guide fournit un cadre conceptuel et un ensemble d'exercices pratiques en groupe que les élèves peuvent utiliser pour leurs ateliers de formation en milieu scolaire.


(1) Evelyne Heyer est professeur d’Anthropologie génétique au Muséum national d’Histoire Naturelle où elle mène des recherches sur l’évolution génétique et la diversité de notre espèce. Son laboratoire est situé au Musée de l’Homme où elle dirige une unité de recherche en Eco-Anthropologie.  Docteur depuis 1991, elle a commencé sa recherche au Québec (professeur à l’UQAC) et est revenue en France en 1996 où elle intègre le CNRS. Le CNRS la distingue de la médaille de Bronze en 1999 et l’encourage à créer son équipe de génétique des populations humaines en 2003 alors qu’elle est devenue professeur des Universités à Paris 7. En 2005 elle devient professeur au Muséum nationale d’Histoire Naturelle et s’implique fortement dans le projet de rénovation du Musée de l’Homme dont elle est le commissaire scientifique général. Le Musée de l’Homme rénové a ouvert ses portes en octobre 2015. Elle est commissaire scientifique de la première grande exposition temporaire du nouveau Musée de l’Homme : « Nous et les Autres - des préjugés au racisme ». En 2010 elle est nommée « Chevalier de l’Ordre National du Mérite » et en 2017 « Chevalier de la Légion d’Honneur ».
Elle est Lauréate du prix Diderot-Curien 2017 récompensant une personnalité pour son investissement dans le champ des cultures scientifique, technique et industrielle. Ses travaux portent sur l’évolution génétique de notre espèce et sa diversité autour de trois axes : retracer l’histoire des populations, évaluer l’importance de la sélection naturelle dans notre évolution et  comprendre les interactions entre évolution biologique et culture. Pour cela elle mène des travaux de terrain en Asie Centrale et Afrique Centrale et elle a publié plus de 100 articles scientifiques. Elle a dirigé l’ouvrage collectif « Une belle Histoire de l’Homme » Chez Flammarion (2015), le livre « Nous et les Autres – des préjugés au racisme »  (2017) avec C Reynaud-Paligot, et le livre « On vient vraiment tous d’Afrique » (2019) avec C Reynaud-Paligot.

(2) Tania de Montaigne débute sa carrière à Canal J en 1995. Ensuite c’est la chaîne Canal + qui la sollicite pour l’émission Nulle Part Ailleurs puis viendront France 2, France 3, France 5, Paris Première,… où elle participera à différentes émissions aux cotés de Michel Field, Jean-Luc Delarue, Serge Moati ou Bernard Rapp.  À la radio, après avoir rejoint l’équipe du Fou du roi de Stéphane Bern, elle crée et anime pour France inter, Ouvert la nuit, magazine culturel quotidien. C’est en 2001 que paraît son premier roman Patch, suivront Le quart d’heure islandais (2002), Geneviève et la théorie du cinq (2004), Tokyo c’est loin (2006), Les caractères sexuels secondaires (2009) qui obtient le prix des Arts afro-caribéens, Toutes les familles ont un secret (2014). Noire, son septième livre vient de paraître aux éditions Grasset.